“J’assume être une candidate de premier tour” : Christine Boutin, candidate à la présidentielle, dans l’Est-Eclair
8 septembre 2011 à 15:11 | Publié dans Elections présidentielles, PCD 36, PCD national | Laisser un commentaireMots-clefs : Christine Boutin, doctrine sociale de l'Eglise, Lyon-Valpré, parti chrétien-démocrate, présidentielle, université d'été
Christine Boutin, vous ne figurez pas parmi les favoris de l’élection présidentielle. Qu’est-ce qui vous pousse à être candidate ?
« Ce qui me pousse ? J’assume d’être une candidate de premier tour. Cela dit, j’irai jusqu’au bout. La situation politique, économique, philosophique et éthique est excessivement grave. Dans ces conditions, il est indispensable qu’une parole forte se fasse entendre au sein d’un vrai débat. J’ai des convictions et je veux qu’elles soient portées. Pour moi, c’est quasiment une obligation morale car on ne peut pas se permettre de tromper les Français sur notre situation. »
Vous êtes la présidente du Parti chrétien démocrate. Quel est le profil de vos adhérents ?
« Ce n’est pas un parti confessionnel et on ne demande pas le certificat de baptême à ceux qui nous rejoignent. Pour autant, on ne rejette pas nos racines chrétiennes qui ont fait notre pays. S’agissant de mon équipe par exemple, elle est composée de jeunes. C’est la génération des JMJ. Quant à nos adhérents, leur profil est très varié. Ce sont plutôt des gens mûrs, qui n’étaient pas encore encartés. »
Entre l’ultra-libéralisme et le collectivisme, comment vous situez-vous ? Dans la lignée de la doctrine sociale de l’Église ?
« Absolument. Quand on a la chance d’avoir une expertise de plus de 2 000 ans, c’est un joyau dont il serait dommage de ne pas s’inspirer. D’autant plus quand on est la fille aînée de l’Église. C’est pour cela que nous avons changé de nom en 2009, passant du Forum des républicains sociaux au Parti chrétien démocrate. J’assume et je revendique cette filiation. »
Face à l’échec du collectivisme et aux dérives de l’ultra-libéralisme, comment expliquez-vous que le message de cette doctrine sociale soit si peu connu et apprécié parmi les électeurs ?
« Elle est plus portée qu’on ne le croit par les Français mais sans qu’ils ne le sachent. En fait, le problème, c’est quand la laïcité devient une idéologie. Je suis pour ma part très attachée à la laïcité mais je constate qu’on veut à tout prix une séparation totale entre vie privée et vie publique. Mais la vie privée a une influence sur la vie publique : lorsqu’un couple se sépare, le problème se pose en termes de logement par exemple. »
Vous proposez un big-bang basé sur des valeurs chrétiennes. Est-ce un message audible aujourd’hui ?
« On va le voir durant cette campagne. Mais face à des propositions purement conjoncturelles, c’est nécessaire. On ne peut plus se contenter de réformettes ou de replâtrage. C’est une nouvelle société qu’il faut reconstruire. »
Êtes-vous très inquiète face à la situation économique de notre pays ?
« Je pense qu’on ne fait que rentrer dans la crise. On n’en sort pas du tout. Il faut en prendre conscience. On vit encore sur les réformes d’après-guerre. Aujourd’hui, elles sont à bout de souffle. L’ultra-libéralisme et le collectivisme, c’est terminé. Il faut donner la primauté à la personne humaine. Je constate que les hommes et les femmes ne sont aujourd’hui que des variables d’ajustement pour les intérêts économiques et financiers. Cela mène à l’individualisme et aux peurs. Quand on pense qu’on va même jusqu’à taxer les mutuelles, c’est inacceptable. Cela va encore fragiliser les plus démunis qui ne pourront plus se soigner. À l’inverse, la société doit être au service de l’homme. »
Au chapitre du big bang, vous proposez de faire payer des impôts à tout le monde. Même à ceux qui perçoivent le RSA ?
« C’est le résultat d’un travail mené avec des économistes et des experts. Il faut une simplification de notre fiscalité qui est faite en France de complexité, de dérogations et de niches.
Je propose une remise à plat de toute la fiscalité, un vrai bouleversement que je détaillerai au cours de ma campagne. Tout le monde doit payer l’impôt, selon ses revenus évidemment. Ce sera le signe de l’appartenance à la communauté française, de la participation de chacun à la richesse nationale. »
Vous voulez aussi limiter l’écart des salaires de un à trente. Comment le concrétiser ?
« Ce ne sera pas facile à appliquer, mais il est inadmissible de constater des écarts jusqu’à 70, 80, voire 100 fois. Le peuple français ne le supportera plus. Rien ne justifie de tels écarts entre les salaires. »
Vous pensez qu’on se trouve au bord d’une rupture dans notre pays ?
« Je ne pense pas qu’on soit près d’une révolution. Mais il faut éviter le repli sur soi et l’engourdissement. Je ne suis pas fataliste. De Gaulle a mis cinq ans pour redresser la France après la guerre. Les mesures actuelles du gouvernement sont nécessaires, mais ce sont des confettis, sans aucun sens global. »
Vous proposez des budgets en équilibre. Ce n’est pas utopique ?
« Cela devient une obligation. Depuis Raymond Barre, qui fut mon maître, on n’a jamais eu de budget en équilibre. Cela explique la situation actuelle. Pour moi, l’objectif, ce n’est pas une règle d’or avec 3 % de déficit, mais avec 0 %. S’il existe une volonté politique, comprise et partagée par le peuple, on peut construire un tel budget en équilibre. »
On connaît vos positions sur les questions de la morale et des mœurs. Vous êtes pour cela souvent caricaturée. En êtes-vous blessée, ou découragée ?
« On n’est jamais totalement blindée. Si je l’étais, j’aurais perdu ma part d’humanité. En tout cas, quand je me regarde, je n’ai pas honte de moi. La caricature est due à la facilité et à la méconnaissance. »
Vous êtes opposée à l’euthanasie, un dossier qui fait à nouveau débat depuis quelques semaines. Une évolution est-elle possible en France ?
« Je souhaite que non. Non pas par idéologie, ni pas posture religieuse, mais par pur respect de tout homme. La loi Léonetti existe, il ne faut pas la modifier. Les pays étrangers qui ont fait des expériences en matière d’euthanasie sont d’ailleurs revenus en arrière. »
Vous dites que la société de consommation tue la famille. Mais comment changer cette société ?
« La consommation pour la consommation n’est pas un but en soi. Sauf qu’elle est devenue l’alpha et l’omega. Il faudrait plutôt retrouver la logique de la gratuité du don qu’on a oubliée. Je regrette que seule la dimension marchande ait aujourd’hui une valeur. »
Mais quelle alternative peut-on imaginer alors ?
« Le monde s’effondre, et ça, ce n’est pas de l’utopie, c’est très réel. Il n’y a plus de certitudes, elles tombent toutes. C’est la réalité qui va nous obliger à évoluer, et pas avec des mesures virtuelles. Nous sommes face à un enjeu de civilisation. »
Où en êtes-vous des parrainages pour l’élection présidentielle ?
« Je ne suis pas inquiète pour les signatures. En 2002, j’en avais eu près de 700. Aujourd’hui, nous avons des élus avec nous, et des délégations dans le pays. Je rendrai publique cette question des parrainages ce dimanche, lors de mes universités d’été à Lyon. »
Quel score espérez-vous en 2012 ? Vous aviez réalisé 1,19 % en 2002.
« Je suis une femme lucide. Je pense que je ferai moins de 5 %. Tout dépendra de la confiance que les Français me témoigneront et de ma capacité à les convaincre. Ce que je peux dire, c’est que je ne serai pas présidente de la République. Je me bats pour des idées, pour mes convictions. Et je veux être au cœur du débat. Aux Français de décider quel projet ils veulent pour la société de demain, pour leurs enfants et leurs petits-enfants. »
Qu’est-ce qui vous fait dire que Jean-Louis Borloo ne sera pas candidat ?
« Il ne m’a pas fait de confidence. Mais c’est un ressenti, l’intuition féminine. »
Et Villepin ?
« Je n’y crois pas du tout. »
Si vous n’aviez pas été évincée du gouvernement, seriez-vous quand même candidate ?
« Je n’ai pas d’amertume. Aucun esprit de vengeance ou de règlement de compte. Mais il est vrai que mon départ s’est fait dans des conditions inhumaines. »
Si vous croisez Strauss-Kahn, vous lui dites quoi ?
« Bonjour, comme à tout le monde. »
Vous trouvez indécent tout ce qui se passe autour de lui ?
« Je trouve indécent ce temps de starisation et de médiatisation. Un homme ou une femme politique n’est pas une star. C’est simplement un responsable au service du bien commun. »
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